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« L’avant-garde, avec toutes ses idées, a commis une grande violence contre l’artiste en le privant de l’iconographie, élément essentiel de son langage. Aujourd’hui on se retrouve dans une situation similaire à celle qui existait après l’invention de l’écriture. La communication orale est à présent morte et les hommes ont perdu leur moyen de s’exprimer. » Enzo Cucchi, 1981

Enzo Cucchi (1949)

Enzo Cucchi est né en 1949 à Morro d’Alba, un village rural de la province d’Ancône au centre d’Italie. Adolescent, il fréquente de manière discontinue l’Académie des Beaux-Arts de Macerata. Dès 1965, il devient assistant d’un restaurateur de livres et de peintures à Florence. Essentiellement à travers son expérience en tant qu’assistant, il acquiert une connaissance autodidacte de la peinture et commence à réaliser ses premiers tableaux. Il devient très vite un peintre à succès, mais sa passion première reste toujours la poésie. Il fréquente souvent le poète Mino de Angelis, qui était en charge du magazine Tau. Avec l’aide de La Nuova Foglio di Macerata, une petite maison d’édition, il rencontre Achille Bonito Oliva, un critique d’art qui deviendra une figure importante pour Cucchi. Dans ses catalogues, La Nuova Foglio di Macerata publie des textes de plusieurs artistes, incluant également quelques écrits de Cucchi, comme Il veleno è stato sollevato e trasportato ! (Le poison a été soulevé et transporté !) en 1976. Au milieu des années 70, ses plusieurs voyages à Rome inspirent Cucchi à reprendre la peinture et les arts visuels. Dans la capitale italienne, il rencontre différents artistes comme Sandro Chia, Francesco Clemente, Mimmo Paladino et Nicola de Maria avec lesquels il travaille en contact étroit pour partager des dialogues dialectiques et intellectuels. Achille Bonito Oliva était le premier à remarquer cette jeune génération d’artistes italiens pendant les années 70. Dans le Flash Art Magazine, no. 92-93, en 1979, il introduit le terme « Trans-avanguardia » pour la première fois. La proclamation officielle de la Transavanguardia a eu lieu à la Biennale de Venise en 1980. Ce terme identifie l’art de cette nouvelle génération issue de l’avant-garde des années 60. Initiant un nouveau mouvement artistique, ces jeunes artistes ne cherchent plus à créer un inconfort chez le spectateur en le forçant à dépasser la matérialité de l’œuvre pour la saisir pleinement. Ils rejettent complètement l’idée du progrès dans l’art qui refuse de prendre en considération les traditions du passé. En s’opposant au système politique et aux valeurs sociales de l’époque, ils créent leur propre langage à travers l’expressionisme et la subjectivité. 

Les membres de la Transavanguardia n’ont peut-être rien en commun si ce n’est leur pays d’origine, l’Italie. Chaque artiste a en effet une propre méthode artistique différente : nous ne retrouvons ni règles conventionnelles ni communication partagée dans leurs œuvres. Néanmoins, nous pouvons tout de même remarquer certains éléments fondamentaux qui forment le mouvement artistique italien : l’utilisation libre du passé et du présent, les motifs tirés d’une imagination réelle et le refus de l’obligation d’inventer le nouveau. Chaque artiste trouve sa propre façon de réaliser ses images ou ses œuvres sous forme d’énigmes avec une ou même plusieurs solutions interchangeables. Cucchi radicalise l’art de la peinture en utilisant l’image comme une opportunité pour combiner différents éléments, juxtaposant l’explicite avec l’implicite. Il développe son propre symbolisme avec des formes très vives et colorées qui sont liées d’une manière ou d’une autre aux paysages, légendes et traditions de sa région d’enfance. En effet, certaines œuvres de Cucchi peuvent souvent évoquer des mythes et légendes régionaux. Cependant, l’artiste les utilise non pas comme une référence de premier degré, mais plutôt pour exprimer ses émotions et ses imaginations personnelles. Cucchi obtient une force évocatrice de la nature, de l’histoire et de la culture qu’il montre en relation avec le monde technique dans un jeu ludique. Il utilise des images banales comme le train ou le paquebot en les présentant à travers des couleurs surréalistes qui suscitent le rêve, l’agitation et l’expansion. Cucchi permet à son tableau une liberté de mouvement dans toutes les directions, à la fois au sens spatial et spirituel. En évoquant l’étonnement et la confusion, l’artiste ne tente pas de nommer, de citer ou de prouver. Son langage pictural ne peut être lié qu’à ses désirs personnels, ses rêves et ses espoirs tout en restant dans l’anonymat et l’impersonnel. 

Ses œuvres sont souvent accompagnées par des textes poétiques, certains même déjà publiés. À la fin des années 70, le style original de Cucchi se démarquent dans une scène dominée par l’art conceptuel. Le critique et marchand d’art Mario Diacono le soutient dans sa carrière artistique en exposant ses œuvres en Italie et aux États-Unis. Depuis 1979, Cucchi maintient une relation coopérative avec le galeriste Emilio Mazzoli à Modène. Entre 1981 et 1985, Gian Enzo Sperone expose fréquemment les œuvres de Cucchi dans ses galeries à Rome et à New York. Par conséquent, son style expérimental et expressionniste commence doucement à devenir de plus en plus influent. Il étend les qualités matérielles de son art en peignant et dessinant directement sur les murs, en créant des espaces d’installation libres et en utilisant la céramique, la mosaïque ou les images pour les peindre sur des sculptures. 

Depuis le début des années 80, Cucchi gagne une reconnaissance internationale en tant que représentant de l’expressionisme figuratif. En plus des nombreuses expositions collectives du Transavanguardia, l’artiste organise des expositions individuelles dans des galeries, des musées et des sites culturels du monde entier. 

Les intérêts variés de Cucchi l’ont conduit au-delà des limites de ce qui est considéré comme une exposition « conventionnelle ». Il a réalisé des sculptures extérieures pour le Bruglinger Park à Bâle en 1984 et le Louisiana Museum à Humblebaek, en Danemark, en 1985. En 1988, il crée une fontaine pour le jardin du Museo d’arte contemporanea Luigi Pecci à Prato et réalise la Fontana d’Italia à York University de Toronto. Entre 1992 et 1994, il collabore avec l’architecte Mario Botta pour construire la chapelle sur le Monte Tamaro, dans les alentours de Lugano. Cucchi a réalisé l’intérieur de celle-ci, en particulier l’autel principal et les peintures murales de l’abside et de la nef. En dehors de son milieu artistique, il entretient des relations proches avec des poètes et des écrivains comme Paolo Volponi, Goffredo Parise, Giovanno Testori, Ruggero Guarini, Alberto Boatto et Paul Evangelisti. Ils écrivent des vers poétiques sur les toiles de Cucchi, et, en contrepartie, l’artiste réalise des illustrations sur les pages de leurs romans et recueils de poèmes. Enzo Cucchi est aussi très présent dans le domaine de la scénographie. Il organise souvent les costumes et le décor pour des pièces comme La boutique fantasque de Rossini et Respighi et Penthesilea de Heinrich von Kleist, les deux en 1986. Tosca (1990-91) de Puccini, L’esequie della luna (1991) de Pennisi et une adaptation de L’éloge de la folie (1992) de Erasmus figurent également dans sa liste. En 1996, il réalise les rideaux pour le Teatro la Fenice à Senigallia. 

Enzo Cucchi habite et travaille actuellement entre Rome et Ancône, des lieux qui lui offrent de l’inspiration pour ses œuvres grâce à leurs sujets variés. 

 

La Galerie Bruno Bischofberger représente l’artiste exclusivement dans le monde entier depuis 1981. 

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